Annabel Schwob est née à Paris en 1928, dans une ambiance d’entre-deux guerres où le monde très fermé de la bourgeoisie a ses habitudes. Fille d’une riche famille juive, Annabel Schwob cultive cette réputation de parisienne snob sous laquelle se cache une grande sensibilité due au suicide de ses deux parents à quelques années d’intervalles. Ecrivain, mannequin et chanteuse, l’artiste a plusieurs cordes à son arc et entretien des amitiés à son image, riches, célèbres et impertinentes. Parmi ses plus proches amis, on note Françoise Sagan, l’enfant terrible de la littérature française, l’écrivain Boris Vian et la chanteuse Juliette Greco. Dans ce petit milieu d’intellectuels parisiens, Annabel Schwob s’épanouie et trouve sa place rapidement. La jeune femme au physique androgyne se lance dans le théâtre et le mannequinat ou elle plait en raison de ses traits et de sa silhouette fine.

Rencontre avec Bernard Buffet

Annabel Schwob rencontre Bernard Buffet en 1958 à l’âge de 30 ans par l’intermédiaire d’un ami photographe et c’est immédiatement le coup de foudre. Dans cette ville qui leur est chère, Saint Tropez, ils commencent une idylle passionnelle. Pour Bernard Buffet, qui se remet tout juste difficilement de sa rupture avec Pierre Bergé, la jeune femme est un cadeau du ciel, si bien qu’ils décident de se marier quelques mois à peine après leur rencontre. Annabel Schwob devient Annabel Buffet, femme et muse du peintre. Véritable inspiration de Bernard Buffet au quotidien, il lui consacre une exposition au titre évocateur en 1961 : Trente fois Annabel Schwob qui représente 30 portraits de sa femme. L’artiste peintre triste et mélancolique retrouve peu à peu la lumière grâce à celle qui ne cessa de l’émerveiller. Il a peint sa muse trente fois, avec toujours autant d’amour et de passion. Il a peint Saint Tropez et cette vue qu’ils aimaient tant. Il a peint leur amour au quotidien.

Annabel Buffet a passé toute sa vie auprès de l’homme qu’elle aimait et qui l’admirait. Ce que l’on retient de sa vie, ce sont ses deux vies : celle d’Annabel Schwob et celle d’Annabel Buffet. La muse de Bernard Buffet a eu une vie artistique mouvementée avant de rencontrer le peintre et ce n’est qu’après le décès de ce dernier qu’elle évoqué ce passé avec nostalgie « Lorsque je me retourne vers ce lointain passé, je m’étonne de la désinvolture avec laquelle j’ai rompu avec tout ce qui a été ma vie avant notre rencontre ». Annabel Schwob a été mannequin, chanteuse et écrivain. Elle a écrit plus d’une quinzaine de romans et a chanté, beaucoup chanté. Elle a chanté ses amis, notamment Françoise Sagan en 1956. On peut également noter quelques petits rôles dans des films. Sa carrière post mariage n’a pas eu l’écho nécessaire pour la propulser au rang des écrivains célèbres de l’époque. Elle partage avec son mari la frustration de ne pas avoir été reconnu à sa juste valeur et se qualifie elle-même d’écrivain moyen. Annabel Buffet avait conscience que le rôle de sa vie a été celui de muse, qu’elle avait basculé du coté des personnages de romans, de ceux qui inspirent les artistes et les peintres. Un an avant sa mort, elle publie un livre Bernard Buffet, secret d’atelier, où les rôles semblent s’être inversé. Elle écrit alors sur son défunt mari, qui l’a visiblement beaucoup inspirée à sa manière.

L’amour

Le suicide de son amour a eu un immense impact sur sa vie, qu’elle a eu du mal à poursuivre sans celui qui avait tout vécu à ses côtés. Troisième suicide pour la femme qui avait déjà dû vivre celui de ses parents quand elle était jeune. Après la mort de son âme sœur, la muse s’est mise à boire comme pour accélérer sa chute dans un monde qui n’avait plus de sens.

Annabel Buffet est décédée en 2005, quelques années après Bernard Buffet. Dans l’une de ses dernières productions Post-Scriptum, elle s’adresse à son défunt mari et lui raconte à quel point il est difficile de vivre sans lui. Tout comme il était difficile pour Bernard Buffet d’être, sans pouvoir peindre, diminué par la maladie de Parkinson, il est douloureux pour Annabel Buffet d’exister sans lui. A chacun sa raison d’être, qui aura eu raison des amoureux.